MEHRYLLEVISSE

texte de audrey koulinsky

france

06.2012

 

 

- - - - - - - - - - - - - - - - - - -

audrey koulinsky:

Fondatrice et directrice de la Cellule 516 (Marseille - France). Commissaire d'exposition, elle fut également la fondatrice et directrice de la galerie Koulinsky, puis de la galerie Coullaud & Koulinsky.

- - - - - - - - - - - - - - - - - - -

 

 

épiphragme

 

 

«Autoportrait aux escargots» pourrait être le sous-titre d'Épiphragme.

 

L'artiste se présente de face, assis derrière une table de cuisine, il est vêtu d'une chemise jaune nouée au cou par un nœud américain, sur laquelle vient se fermer un veston grisâtre, sobre et de facture modeste. L'on pense à un pasteur du Far West, à l'Amérique rurale, à Robert Mitchum en prêcheur psychopathe dans La Nuit du chasseur et, l'imagination attisée par ces réminiscences de vieux western, l'on serait déjà en train de gloser sur l'air impassible que prend l'artiste, son regard froid, son port de tête altier, si la présence d'un amas d'escargots collés, telle une carapace, à la moitié droite de son visage, ne nous captivait pas davantage. Terre colonisée? Corps hybride? L'artiste se donne à voir dans sa résistance sociale et sa fragilité animale. Il invite l'escargot à le couvrir de sa coquille et à agir, tel l'épiphragme - petit opercule calcifié qui vient sceller l'ouverture de la coquille, le point de fragilité du gastéropode -, comme une protection contre les prédateurs de tous ordres qui pourraient assécher sa capacité de création et de renouvellement, autrement dit, sa raison d'être.

 

Sommes nous rassurés? Pas tellement, car l'équilibre est manifestement précaire. Car, si l'équilibre est rompu, lequel, de l'escargot ou de l'humain, va survivre?

 

L'hybridation, la mutation, la perte irréversible de sa nature pure et première sont les risques que semble courir l'artiste, les expériences qu'il veut mener pour nous, en continuel défricheur de possibles.