mehryl levisse

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pour l'éternité et un jour

installation in situ

2021

 

 

musée des antiquités de rouen

rouen / france / 11.06.2021 - 20.09.2021

dans le cadre de la ronde #5

commissaires sylvain amic, conservateur en chef, directeur de la réunion des musées métropolitains rouen normandie

joanne snrech, conservatrice du patrimoine

florence calame-levert, conservateur en chef, collections art moderne et contemporain, musée des beaux-arts de rouen

yves chatap (ycos-project), commissaire associé pour africa2020 la clairière d’eza boto

ami barak, commissaire d’exposition et critique d’art, membre du jury de sélection des artistes

 

techniques mixtes

papier peint, sculptures textiles, masques, costumes, cloche en laiton, poupée vaudou...

installation in-situ pensée spécialement pour le musée des antiquités de rouen

en dialogue avec les collections

 

crédit photo © yohann deslandes & mehryl levisse

 

 

 

 

 

Mehryl Levisse, pour l’éternité et un jour

La Ronde #5 (Rouen)

 

Invité à investir le Musée des Antiquités, Mehryl Levisse conçoit un ensemble de pièces constituant une archéologique spéculative, nourrie d’influences culturelles multiples. Il poursuit ici l’exploration du motif, de la parure et de l’ornement, travaillés, mis en forme selon un principe de surenchère qui lui est habituel. Pour l’occasion, il s’inspire de pratiques aussi diverses que les rites funéraires égyptiens, le vaudou antillais, le chamanisme, la magie noire, la culture zouloue et les croyances animistes pour penser sur nouveaux frais l’esthétique de la mort, abordée comme fait social et spirituel. Le titre paradoxal de son exposition, Pour l’éternité et un jour, invite à repenser le passage du Styx ou les mythes de la réincarnation en revisitant les pratiques anthropologiques qui en forgent les imaginaires. D’apparence monstrueuse, hybride et agenrée, les œuvres chimériques qu’il y présente rompent alors avec les canons esthétiques du mortuaire pour proposer de nouveaux modes de ports d’âme.

 

En dialogue avec les vestiges de la collection du musée, Mehryl Levisse fait le choix de l’infiltration en disséminant ses œuvres dans les vitrines, sur les socles et les étagères. Par ce biais, il met en place un système de correspondances et de dissonances symboliques qui en renouvellent la lecture. Incluant un masque chevelu et des figurines (de la poupée vaudou à la marionnette, en passant par l’ouchebti, statuette mortuaire égyptienne), ces objets se présentent comme littéralement animés, au sens de ce qui est habité par une âme (anima). La relation esthétique qu’ils installent renoue ainsi avec la culture du fétiche dont la préciosité apparente traduit la valeur symbolique qu’on lui prête. Ornées de matériaux semi-précieux (or, perles, sequin…), organiques (fourrure, cuir, cheveux et os) ou ornementaux (fil d’or, tapisseries, collant, maquillage), ces œuvres font figures de trésors ésotériques, symbolisant le passage de la vie vers l’au-delà. Un papier-peint contamine également de son motif les vitrines ou recouvre certains socles du musée, offrant un décor vivant et coloré à ces mémoires d’outre-tombe. L’artiste accompagne ce geste d’une réflexion in situ sur l’iconographie européenne déjà présentée (romaine, grecque et gauloise) qu’il fait dialoguer avec celles de civilisations non-occidentales. Le motif qu’il crée s’inspire en effet d’architectures égyptiennes, arabes ou africaines, de la porte cochère d’une médina aux maisons en torchis des Ndébélés (Zimbabwe), pour concevoir une composition aussi syncrétique que saturée, déclinée en deux versions chromatiques.

 

Poursuivant son exploration du médium performatif, Mehryl Levisse convie plusieurs interprètes à habiter le lieu de leur seule présence. Chaque activation potentielle prend la forme d’une habitation de l’habit, d’une façon d’insuffler vie à la sculpture, à l’image de ses performances Présence, un interprète en combinaison grise fondu dans le paysage, et Unwabu, un caméléon zoulou infiltré parmi le public. Les trois costumes d’apparat, ici présentés sur des mannequins hyperréalistes, incarnent chacun un axe temporel : le premier, pensé en continuité avec la série des masques de l’artiste, reprend la couleur chair et les excroissances d’une pièce passée ; le deuxième revisite le motif du papier-peint imaginé pour l’exposition, collant à son présent ; quand le dernier ouvre sur les orientations à venir de son travail, un costume doré orné de cuir, de franges, de bijoux, de pièces métalliques et de grelots dont la dimension sonore force le rapprochement avec la figure du fantôme errant.

 

Outre ses présences, une pièce d’ordre plus sculptural, adopte les traits de l’artiste, qui passe pour la première fois de l’autoreprésentation photographique à une figuration en volume. Une cloche en laiton moulée à l’effigie de l’artiste, réalisé d’après un scan 3D de sa tête, est suspendue au-dessus de la mosaïque, en résonance immédiate avec le gong des rites funéraires asiatiques, les carillons d’église et les cloches d’usage dans les rituels païens. Par cette dernière pièce, Mehryl Levisse complète un ensemble qui renvoie à différents régimes de présence, à différentes façons d’habiter une exposition : vibration de l’artiste, aura des œuvres ou vie du public, qui hante finalement qui ? Pour l’éternité et un jour ne tranche pas. L’exposition met en œuvre la cohabitation horizontale des corps et des esprits dans un même espace où se régulent autrement les relations à l’objet d’art. Médiums dans les deux sens du terme, les œuvres font surtout lien entre vie et mort, danseuses d’un bal des âmes perdues pour lequel Mehryl Levisse a sorti leurs plus belles parures.

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texte de Florian Gaité

Docteur en philosophie et critique d'art

 

 

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